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mercredi 23 décembre 2009

Bijoux berbères- Le bracelet KHOLKHAL- Photos et tableaux orientalistes de types identitaires


Partie d’une toile de L.J.ENDRES (1896-1989) montrant le KOLKHAL cylindrique aux pieds d’une femme Kabyle.

Le KHOLKHAL est un bracelet d’origine berbère porté au dessus de la cheville. Son utilisation première est liée à l’esclavage puisqu’il servait pour enchaîner. Au cours des siècles, son évolution s’est traduite par deux formes distinctes, l’une cylindrique et longue resserrant la peau jusqu’à la douleur, et l’autre ovale la laissant plutôt aérée. La forme cylindrique qui est la plus originelle se retrouve au 20ème siècle dans les tribus Kabyles du sud de l’Algérie. Elle n’a pas échappé à l’œil vigilant et admiratif du peintre Louis John ENDRES (1896-1989) qui l’a éternisée dans l’un de ses magnifiques tableaux.

L’Artisanat Kabyle d’aujourd’hui a su perpétuer ce bijou en continuant à le fabriquer, cette fois ci, non plus en argent mais en métal nickelé à la hauteur des petites bourses.


Artisanat de Kabylie - Bracelet de forme cylindrique en métal nickelé -

Ce bracelet longiligne est porté aujourd’hui au dessus de la cheville, du poignet ou du coude. Il trouve facilement acquéreur parmi les touristes et inspire celles et ceux qui adorent s’adonner au jeu mondialisé lié à sa vocation première, l’esclavage.



Partie de la toile de L.J.ENDRES (1896-1989)- Bracelet cylindrique au poignet d’une femme Kabyle –

Plus à l’Est de la Kabylie, le KHOLKHAL a évolué au sein des tribus bédouines du sud de la Tunisie. Comme toujours, grâce à la volonté innovante des artisans juifs installés à Djerba depuis qu’ils ont osé traverser la méditerranée à la disposition de la belle ELISSA, reine de Carthage, voilà des millénaires.
La forme cylindrique, « plus esclavagiste », laissera la place à une forme ovale en creux, légère et plus adaptée pour la cheville du pied.


Bijoux bédouins de Tunisie- Bracelet du pied KHOLKHAL de forme ovale en creux (réf.ARTnumismatique)

Le bracelet de forme cylindrique ne sera pas du tout écarté. Il sera réservé à étaler la beauté de la main de la bédouine et se distinguera du KHOLKHAL par la dénomination HADIDA.


Bijoux bédouins de Tunisie - Bracelet de la main HADIDA de longueur 15cm (réf. ARTnumismatique -1657)

Il gardera son aspect en argent massif mais évoluera avec des longueurs plus petites pour retrouver trois standards essentiels : 15, 5 et 2cm.



Bracelet HADIDA de largeur moyenne 5cm (réf ARTnumismatique 309 - 80gr)


Bracelet HADIDA de petite largeur 2cm (réf ARTnumismatique 710 - 44g )

L’inestimable photo des deux bédouines de Tunisie, prise par le Docteur ERNEST Gustave GOBERT* (1879-1958) nous fait découvrir la forme ovale du KHOLKHAL ainsi que la HADIDA de standard moyen.


Les deux Bédouines de Tunisie- Mouture du blé- Photo d’Ernest Gustave GOBERT (1879-1958)

Cette merveilleuse photo de la moulure du blé à la main est un trésor d’informations identitaires sur le vécu quotidien des groupes nomades et sédentarisés de la Tunisie du 20ème siècle.


Bracelet de forme ovale au pied de la bédouine -(partie de la photo d’E.G.GOBERT-1879-1958)

Une photo que j’appellerai de type « trésor identitaire » car elle reproduit exactement la réalité historique au moment de la prise de la photo. On n’en archive pas un grand nombre de ces « trésors identitaires ».
Les fameuses cartes postales produites par les photographes orientalistes comme Rudolf LEHNERT et Ernst RANDROCK ou les toiles de peintres orientalistes comme Eugène DELACROIX et Etienne DINET, nous donnent certes d’innombrables renseignements identitaires mais ne reproduisent pas de « flasch » historique.


Bédouine de Tunisie- MELIA de couleur Indigo et Bracelet de taille moyenne à la main – partie d’une Photo de LEHNERT et LANDROCK - (Carte postale du début du 20ème) –


Toile d’Etienne DINET – Deux petites bédouines mises en scène de nudité- Bracelets aux pieds et à la main

Certes, ces photographies et toiles sont des chefs d’œuvres de portraits, de paysages et de nudités. La plupart sont des « mises en scènes » à partir d’objets, d’habits et de bijoux, certainement d’époques, mais laisseront toujours la porte entrouverte au doute sur l’information identitaire.

Ce n’est pas le cas pour les photos de type « trésors identitaires » comme celles d’Ernest Gustave GOBERT qui véhiculent des informations identitaires vraies.


Bédouins de Tunisie- Mouture du blé- Meule en granit (photo d’E.G.GOBERT)

La photo des deux bédouines à la meule montre la pratique traditionnelle de la mouture du blé à l’aide de la meule ancestrale en granit, pratique remontant à l’origine berbère millénaire. Une photo prise à une époque charnière coïncidant avec la « révolution industrielle » et le machinisme qui mettront fin à ces techniques ancestrales, écologiques et respectant le développement durable. Par ailleurs, outre les informations véhiculées sur les bijoux, la photo renseigne sur l’habit traditionnel de la bédouine de Tunisie, dénommé MELIA. Un habit particulier au Sahara du sud de la Tunisie proche de celui des berbères Touaregs. Une MELIA que l’on retrouve sur la photo de LEHNERT et dont la particularité est la couleur bleue Indigo d’origine berbère.

*Né en 1879 en France à Charly sur Marne (Aisne- France), E.G.GOBERT obtient en 1906 son doctorat en médecine et commence à exercer dans le sud Tunisien du côté de GAFSA. Très vite remarqué pour ses compétences, il sera nommé en 1920 Directeur de l’Hygiène et de la santé publique. Il côtoiera à Tunis d’éminents scientifiques dont le prix Nobel en la personnalité de Charles NICOLLE. Il publiera de nombreux travaux de recherche scientifique et de nombreux ouvrages spécialisés des rites de Tunisie (Parfums et tatouages ; usages et rites alimentaires des tunisiens ; Les magies originelles ; Anthropologies- Archéologies historiques..). Passionné de cultures antiques et d’ethnologie, il sillonnera la Tunisie durant la première moitié du 20ème siècle à la recherche de traces archéologiques des Capsiens, les ancêtres des berbères. Il confectionnera ainsi une impressionnante collection d’objets de préhistoire et de photographies représentant une mine d’informations sur l’identité culturelle des différents groupes ethniques de la Tunisie, collection qu’il léguera en 1958 au musée d’histoire naturelle d’Aix en Provence.

moncef BENAHMED
Collectionneur numismate

Collection privée ARTnumismatique (copyright)

jeudi 17 décembre 2009

Bouquet de roses du 17ème siècle- S’agit-il du peintre Léonard GONTIER ?


L.Gonthier- Peinture à l’huile (44x53)

Le tableau en question a été longtemps à l’abandon dans un petit coin d’une vieille maison de la médina de Tunis. Il dégage de ses roses une chaleureuse lumière qui ravive les cœurs. A tel point, que malgré son état dégradé (cadre et toile déchirée), il a rempli par sa splendeur étincelante le salon de nouveaux mariés à qui il a porté bonheur et joie de vivre durant les années 90, avant de retourner dans son petit coin, suite à un déménagement impromptu.



Même la signature est superbe. Inclinée légèrement vers la gauche, l’écriture lisible et pointilleuse, laisse supposer un peintre sensible aux détails, attentionné et généreux. J’ai longtemps cherché à le découvrir. Sans succès, malgré la lisibilité sans conteste de la signature « L.Gonthier ».
Voilà que par pur hasard, je m’aperçois que dans la bibliographie des peintres français du 17ème siècle, il existe bel et bien un peintre du nom de Léonard Gontier (non pas Gonthier) qui a fait partie de l’Académie royale de Louis 14, créée en 1648, et qui a exercé sous la direction de LEBRUN. S’agit-il du même peintre ?




Parmi les travaux artistiques de LEBRUN, on citera la conception de la galerie Apollon du Louvre. Une conception grandiose avec une harmonie équilibrée malgré la multiplicité des détails. Des peintres comme Léonard Gontier, Jean Lemoine, Jacques Gervaise, Baptiste Monnoyer ont participé à cette œuvre avec d’autres habiles sculpteurs tels que Girardot, Regnauldin, Gaspard et Balthazar Marsy
Lebrun, fondateur de l’Académie royale de Louis 14, directeur à vie, menait les artistes comme il le voulait. Faire parti de l’Académie royale est de son ressort. « Il n'y eut pas dans les bâtiments du roi une peinture, un ornement, une sculpture, une tapisserie, un meuble, une pièce d'orfèvrerie dont il n'eût inspiré, corrigé, accepté le modèle. Groupés sous ses ordres, comme des lieutenants autour de leur général, les peintres n'eurent plus le droit de rien faire qui ne fût inspiré de lui ou qui ne reçût son approbation »…(référence de la citation;cosmovisions).

Mon hypothèse, sûrement exaltante, est que Léonard GONTIER, loin de « l’oppression artistique » de son directeur LEBRUN, aurait succombé à sa propre inspiration artistique. Il aurait signé alors ses toiles en ajoutant le « h » à son nom GONTIER pour devenir GONTHIER. La signature L.Gontier serait donc synonyme de l’aval de LEBRUN et celle de L.Gonthier serait du peintre libéré et maître de son inspiration. Une merveilleuse inspiration ayant produit ce chef d'oeuvre des deux jumelles de roses.




En examinant le tableau de plus près, on apprécie la touche magique du pinceau et on mesure le haut degré de raffinement des couleurs harmonisées dégageant à l’extérieur du tableau une lumière cosmique. Car, mettant en relief les deux jumelles de roses intercalées. Jamais auparavant, une nature morte n’aurait été aussi vivante. Le seul génie qui est arrivé à ressortir de son tableau le sourire de son portrait est un autre Léonard, Italien cette fois ci, et qui fait le bonheur du Louvre avec sa toile de la Joconde
Avec le chef d’oeuvre des deux jumelles de roses d’un Léonard français, issu de l’Académie royale de Louis 14, non répertorié et oublié depuis plus de trois siècles, l’art pictural français du 17ème siècle longtemps décrié, aurait bien rivalisé avec celui italien de la renaissance. Un Léonard GONTHIER avec ses deux jumelles de roses, rivalisant avec un Léonard DE VINCI avec son portrait de la Joconde, ce serait une pure merveille de rêve de NOEL. Aux purs artistes de rêver et aux historiens de l'art de confirmer le lien entre, non pas les deux Léonard, mais entre Gontier et Gonthier.

moncef BENAHMED
Collection privée ARTnumismatique (copyright)