Réf. Peinture d’Alexandre Roubtzoff (1884-1949). Femme berbère de Tunisie habillée en MELIA berbère avec la typique parure en argent massif constituée de deux fibules triangulaires reliées par la SELSELA( chaîne) et ses pendentifs (main de Fatma et croissant lunaire).
Les bijoux berbères en argent, notamment ceux élaborés en
Tunisie, ont gardé le même type conceptuel depuis les temps reculés et n'ont
commencé à évoluer de façon fondamentale qu'à partir du 20ème siècle avec la révolution industrielle et la
mécanisation. Leur conception d'origine, intimement lié à la MELIA, se
distingue par leur poids assez lourd. Ce sera la première classe de bijoux berbères
en argent dont l’élément de base est la chaîne en argent massive
"ancestrale" pour ne pas dire millénaire.
Cette chaîne que je nommerai « SELSELA berbère » et classerai
de type 1, est assez originale. Énigmatique voire mystique, unique en son
genre, non célèbre par rapport à sa consœur "la RIHANA", mal connue
et très peu étudiée du fait de sa rareté.
L'originalité de cette chaîne provient de son élément de base
composé de deux anneaux soudés en perpendiculaire.
1696k CL123. Chaîne berbère de type 1: SELSELA.
Cette chaine de type 1 est élaborée en soudant les éléments
de base les uns aux autres. Un travail colossal de soudure à la main. La
SELSELA berbère n'admet pas en son sein d'anneaux non soudés, ce sera son
premier aspect énigmatique et mystique.
réf.1676 CL112. Bijou
berbère de Tunisie. Chaine RIHANA Type 2 .( RHN11a ).
Le deuxième type de chaîne berbère en argent est la RIHANA composée
d’anneaux en feuille mince aplatis et soudés les uns aux autres. Une conception
remarquable imposée par les exigences économiques du fameux siècle
orientaliste et qui donnera lieu à une chaîne assez légère de coût de loin
inférieure à la SELSELA.
réf.573. Bijou berbère de Tunisie. Pendentif de conception
légère avec chaînes de type 3 "en huit" / (44gr ).
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Le
troisième type de chaîne berbère est conçu pour respecter les mêmes exigences
de légèretés que la RIHANA.
Sa légèreté est comparable à sa consœur mais son anneau de
base, en forme de "huit perpendiculaire" est de conception plus
compliquée.
réf.1710.1
CL123.Bijou berbère. Anneau de type 3 en forme de huit perpendiculaire.
L'anneau
de type 3 respecte la disposition des deux anneaux soudés en perpendiculaires
de la SELSELA berbère alors que la RIHANA n'en tient pas compte. Il me semble
que le mysticisme évoqué provient de
cette disposition des deux anneaux en
perpendiculaires et de la soudure de
tous les éléments les uns aux autres.
La
nécessité de la soudure de tous les anneaux sans exception correspondrait aux
liens soudés entre les éléments du clan berbère. Un anneau non soudé serait
interprété comme un mauvais signe pour le clan.
La
disposition des deux anneaux soudés en perpendiculaires présente dans les
chaines de types 1 et 3, correspondrait au lien très fort (soudé) entre le couple,
élément de base du clan. La SELSELA berbère en argent représenterait alors tous
les éléments du clan soudés les uns aux autres et le fait de la porter insufflerait
à l’individu la force mystique de l’ensemble du clan.
réf.1710.6
CL123. Bijou berbère. Anneaux en "huit perpendiculaire".
ref. Bijou berbère (région du Maroc). Parure
de MELIA. Chaine de type 3 « anneau en huit »/ (origine photo :
www.berbère.com /remerciements).
L'anneau
de type 3 a donné lieu à un dérivé " renforcé" par écrasement des
anneaux les uns sur les autres permettant
d'élaborer une chaîne de forme "cubique".
Réf.1713.1 CL123. Bijou berbère de
Tunisie. Pendentif avec chaîne de type 3 de forme cubique.
réf.1713.5
CL123. Bijou berbère de Tunisie. Chaîne de type 3 « dérivé cubique ».
Réf.1697c
CL123. Bijou berbère de Tunisie. Chaîne de type 4 « Anneau lié à autre
sans soudure (diam 0.4).
réf.569.
Bijou berbère en argent. Pendentif de conception légère avec chaîne de type 4
"Anneau lié à un autre sans soudure".
La chaîne de
type 4 correspond à la chaîne classique de fabrication mécanique. Les
concepteurs l’ont utilisé en l’absence de
la SELSELA berbère de type 1 dont la
fabrication se serait arrêtée probablement au début du 20ème siècle à
cause surtout du phénomène de la sédentarisation et de son coût devenu
inabordable. D’ailleurs le type de chaine 4 n’a été utilisé que dans la gamme
basse des diamètres de l’anneau de base, en général celui de 0.4 cm permettant
de fabriquer des chaînes légères.
Réf.604. Bijou berbère de
Tunisie. Classe des bijoux légers avec la chaîne de type 4 / (20g l4cm L14cm
crochet 3cm).
Le
magnifique pendentif en argent doré de référence 604a ne pèse qu’une vingtaine
de grammes tout en incluant en son sein
la chaine classique de type 4. Arriver à innover d’un siècle à l’autre en
fabriquant des bijoux berbères splendides et tellement légers est véritablement
une prouesse des artisans juifs et musulmans de Tunisie. Le 20ème
siècle marquera donc le passage à une deuxième classe de bijoux berbères légers tout en s’inspirant des motifs et modèles
de la classe des bijoux en argent massifs. Les artisans concepteurs ont évolué naturellement
avec le siècle de la mécanisation en faisant appel aux feuilles fines en argent
laminées et aux chaines fabriquées dorénavant à la machine. Une évolution
certes facilitée par le développement industriel mais imposée par les exigences économiques
liées au cours mondial des métaux précieux. La prouesse des concepteurs a été de fabriquer léger en utilisant le moins de métal
précieux mais surtout de fidéliser les formes et modèles des bijoux berbères
massifs en argent.
Réf.790.
Bijou berbère de Tunisie (classe 1). Pendentif triangulaire à crochet en argent
massif.
La deuxième classe de bijoux berbères légers qui
coïncide donc avec la révolution industrielle marque la rupture avec la
fabrication de la SELSELA berbère ancestrale. Le 20ème siècle
annoncera la fin des tribus nomades berbères de l’Afrique du nord. La sédentarisation
presque totale du 21ème siècle impliquera une évolution nette dans
la conception des bijoux et des habits berbères, de l’est du DELTA des pharaons
à l’ouest Maghrébin.
Malgré la
révolution industrielle et la sédentarisation et malgré la période coloniale et
la mixité culturelle, la modernité et son effet de mode n’ont pu mettre
fin en Tunisie et au Maroc à la MELIA berbère et à sa fabuleuse parure en
argent.
Femme rurale de Tunisie habillée en MELIA berbère avec les
deux fibules en argent massif.
Réf. Photo récente (21ème).
Femme rurale marocaine habillée en MELIA berbère avec parure
aux deux fibules. Il est à noter la nette évolution locale dans la conception
de la parure de la MELIA et de ses fibules.
Réf. Photo récente (21ème).
Réf. Photo récente (21ème).
ARTnumismatique
Moncef BENAHMED
Collection
privée
copyright




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